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L'aide fatale : les ravages d'une aide inutile et de nouvelles solutions pour l'Afrique
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April 2, 2009
Introduction
JOANNE MYERS : Bonjour. Je m'appelle Joanne Myers, je suis directrice des programmes des Affaires Publiques et, au nom du Carnegie Council, j'aimerais vous souhaiter la bienvenue à tous aujourd'hui et vous remercier d'être parmi nous.
Je suis persuadée que beaucoup d'entre vous êtes conscients de l'agitation que l'ouvrage de notre invitée Dambisa Moyo a provoqué lors des interviews en prime-time, au travers des critiques littéraires ou encore lors des évènements spéciaux. Et elle vient de me dire que, pas plus tard qu'hier, son ouvrage figurait dans la liste des best-sellers du New York Times.
Nous sommes ravis que vous nous ayez rejoints.
DAMBISA MOYO : Je vous remercie.
JOANNE MYERS : Le titre de son ouvrage est L'aide fatale : les ravages d'une aide inutile et de nouvelles solutions pour l'Afrique.
Dans les pays en voie de développement, notamment en Afrique, l'aide étrangère arrive souvent avec les meilleures intentions. Pourtant, trop fréquemment, elle arrive avec peu de coordination parmi les donateurs au sujet de la redevabilité liée à la destination réelle des fonds. Cela soulève la question suivante : l'aide étrangère envoyée aux pays africains est-elle de l'argent bien dépensé ou bien juste de l'argent facile qui, au bout du compte, est dilapidé par des dirigeants politiques corrompus.
Dans L'aide fatale, Dambisa Moyo répond à cette question en avançant que l'aide officielle est de l'argent facile qui facilite la corruption et fausse l'économie, en créant une culture de la dépendance et de la fainéantise économique. Notre oratrice ajoute que l'aide n'a même pas échoué dans son travail, mais a aggravé les problèmes de l'Afrique. Elle cite des chiffres montrant la croissance exponentielle de la pauvreté dans une zone d'aide grandissante. Par exemple, dans les années 70, 10 % des Africains vivaient dans la pauvreté et aujourd'hui ils sont 70%. Cela veut dire qu'environ 600 millions d'Africains, sur une populatation totale de près d'un milliard, sont actuellement englués dans la pauvreté.
D. Moyo est très claire sur le fait que l’aide à laquelle elle fait référence ne signifie ni aide humanitaire ni aide d’urgence mobilisée suite à des catastrophes, ni aide caritative donnée à des organisations spécifiques et à des personnes sur le terrain de façon à réaliser certaines choses précises. Quand elle parle d’aide, elle parle d’aide systémique, des sommes considérables transférées entre les gouvernements ou via une institution et axe ses critiques les plus acerbes sur les flux d'aides en provenance des grouvernements de pays développés à destination des gouvernements africains et également des aides d'institutions telles que la Banque Mondiale.
Après avoir critiqué les packages d'aides entre les gouvernements, D. Moyo présentera sa prescription pour la stabilité économique et la croissance économique sur le long terme. Elle prétend que les gouvernements africains ont besoin de devenir redevables envers leur peuple et responsables de leurs actes. Elle pense que la Chine et l'Inde constituent de bons modèles de comportement.
Croyant fortement dans le pouvoir du marché, notre interlocutrice n'est pas découragée par la crise actuelle qui fait face au capitalisme. Elle est d'avis qu'il s'agit encore du meilleur modèle dont le monde dispose, malgrè ses défauts, et déclare que l'Afrique devrait se focaliser sur l'encouragement de l'investissement plutôt que sur une simple attente de l'aumône. Elle pousse la contreverse jusqu'à plaider pour la fermeture du robinet des aides d'ici cinq ans et prétend que cela aura pour conséquence de sortir davantage d'Africains de la pauvreté.
La voix de D. Moyo n'est pas celle de l'indifférence face aux besoins de ceux qui vivent dans la pauvreté, mais, en tant qu'économiste zambienne qui connaît bien l'histoire de l'aide et a l'expérience d'avoir grandi sur le continent africain, sa voix est celle de quelqu'un qui se soucie sincèrement de la situation.
Notre interlocutrice a quitté la Zambie et a étudié en Amérique ; elle a obtenu un Master's Degree de la Harvard's Kennedy School of Government. Elle a également obtenu un doctorat d'économie à Oxford. Elle a aussi un MBA en Finances et un Bachelor's Degree en Chimie à l'American University de Washington.
Au cours de ces huit dernières années, elle a travaillé au bureau londonien de Goldman Sachs dans le secteur du marché des capitaux d'emprunt et, en tant qu'économiste, au sein d'une équipe de chercheurs internationaux sur la macroéconomie. Auparavant, elle était consultante à la Banque Mondiale. Cette année, elle a été récompensée par le Forum Economique Mondial, où elle a été nommée en tant que membre des Jeunes leaders Internationaux. D. Moyo n'a peut-être pas toutes les réponses, mais elle fait preuve de détermination pour commencer une conversation avec toute personne qui s'intéresse à la lutte contre la pauvreté au niveau mondial et à la recherche de solutions sur le long terme pour voir l'Afrique devenir un partenaire égal dans le monde.
Afin de commencer le débat, je vous demande d'accueillir chaleureusement notre invitée très spéciale, Dambisa Moyo !
Commentaires
DAMBISA MOYO : Merci beaucoup ! Je vous suis vraiment très reconnaissante d'être ici ce soir. J'espère avoir l'occasion de pouvoir vous saluer - même si ce n'est pas tous - au cours de la soirée.
Je dois dire que je me sens un peu coupable car j'ai passé énormément de temps au cours des dernières semaines à essayer de défendre ma position. Joanne a tellement bien expliqué ce que je vais dire que je souhaiterais qu'elle m'accompagne au cours de mes prochaines allocutions car, jusqu'à aujourd'hui, mon message n'a pas été perçu si clairement !
Ce que je pensais faire ce soir c'est commencer à parler un peu de la "motivation", pouquoi je m'en suis vue pour écrire ce livre et parler un peu des problèmes liés à l'aide, puis un peu des solutions. Je consacrerai vrament peu de temps aux solutions car je pense qu'elle sont assez évidentes.
Le rêve américain est, en fait, basé sur beaucoup de solutions. Mais peut-être que dans la partie questions-réponses nous pourrons aborder quelques unes des questions les plus immédiates, telles que "que se passe-t-il avec le G20 et comment cela pourrait impacter l'Afrique ou l'aide de renfloument ?" et ainsi de suite. J'ai pensé que c'est ainsi que j'organiserai mon allocution.
Commençons par parler un peu de la motivation qui sous-tend l'écriture de ce livre. C'est un projet qui s'est échelonné sur plusieurs années.
Je pense qu'au cours des années cela s'est plutôt transformé en réel besoin d'agir car je rentre souvent en Zambie, environ quatre ou cinq fois par an. C'est assez proche de Londres. Les choses empirent et ne vont pas en s'améliorant.
Depuis soixante ans, le continent africain a reçu mille milliards de dollars d'aide et c'est assez perturbant de voir les choses partir dans la mauvaise direction. Ce n'est pas quelque chose d'inhabituel pour moi que l'on ait essayé de me voler dans la rue.
En Afrique plus de 60% de la population a moins de 24 ans ; dans beaucoup de pays plus de la moitié de la population a moins de 15 ans : c'est une bombe à retardement qui attend d'exploser.
Si vous vous vous rendez dans n'importe quelle grande métropole ou grande ville africaine, vous verrez de nombreux jeunes, très souvent instruits au moins jusqu'au lycée, qui n'ont pas d'autre choix que d'être dans la rue, à vendre tout et n'importe quoi ; des T-shirts, des DVD, des miroirs en passant même par des oies, ce que j'ai vu la dernière fois. J'étais très surprise de voir quelqu'un avec des oies vivantes !
Mais ce n'est pas une situation qui peut perdurer. Cela me perturbe, qu'en tant que zambienne, on puisse me conduire dans les rues de la capitale, Lusaka, et et que cela m'inquiète outre mesure et les dirigeants africains peuvent voir la même chose et ne pas s'en soucier du tout, ou faire comme s'ils ne s'en souciaient pas.
C'est ce genre de choses qui m'a fait réaliser qu'il est temps de vraiment réagir à un système qui existe depuis si longtemps et qui se perpétue avec une augmentation des appels pour davantage d'aide à l'Afrique.
Avant que je ne parle un peu des critiques ou des problèmes avec l'aide, je veux juste vous apporter quelques points de clarification dans une introduction. Bon nombre d'entre eux ont été abordés par Joanne.
Tout d'abord le type d'aide dont je parle. Je pense que, récemment, un certain nombre d'O.N.G. ont commencé des campagnes contre moi. Je pense qu'ils combinent volontairement des questions ou sont légèrement obtus. C'est totalement délibéré, parce que je leur ai parlé et dit que nous comprenons tous les deux que ce n'est pas le type d'aide que je vise, certainement pas dans ce livre. Peut-être par la suite, mais pas ce livre.
Comme Joanne l'a mentionné, il ne s'agit pas d'aide humanitaire ou d'aide d'urgence pour Katrina ou un tsunami ou Fargo. Je pense que nous avons un impératif moral en tant qu'êtres humains d'intervenir s'il y a un tremblement de terre n'importe où dans le monde et d'apporter réellement de l'aide dans ce type de situation.
Je ne parle pas non plus des aides de bienfaisance, ni d'aide d'ONG. Je dois dire que ces deux types d'aide sont relativement petites si on les compare aux packages de plusieurs milliards de dollars, environ 50 milliards de dollars, qui vont désormais en Afrique chaque année.
Je dirai, cependant - et j'y reviendra un peu plus tard - qu'il y a un problème fondamental, je crois, dans le fait q'il y a des organisations sans but lucratif qui fournissent l'éducation, les soins de santé, les infrastructures, et la sécurité. Cela pose la question de « Que sont en train de faire les gouvernements africains ? ».
Les biens publics sont des choses, que vous soyez de droite ou de gauche, démocrate ou républicain. Cela a un sens que le gouvernement doive au moins réguler ou s'impliquer dans ce type de situation, ou au moins dans la fourniture de biens publics. Peut-être pouvons-nous ergoter dans quelle mesure ?
Mais dans beaucoup de pays africains les gouvernements ne sont fondamentalement pas impliqués dans la société. Ils ont complètement abdiqué leur responsabilité. Le continent est couvert par des milliers d'O.N.G. qui fournissent ces biens, très souvent de manière inefficace parce qu'elles peuvent seulement viser un nombre restreint de personnes. Ainsi, sur une population de la Zambie de 10 millions de personnes, peut-être 5 000 obtiennent l'éducation. Mais que se produit-il quand l'argent se tarit et que les ONG s'en vont ? Alors cette société devient très vulnérable.
Il s'agit de certaines des choses dont je parle en termes d'O.N.G. Je ne parle pas de ce genre d'aide. Je siège moi-même au conseil d'administration de plusieurs organisations à but non lucratif ; aussi, je partage bien l'argument selon lequel nous pouvons fournir des solutions de fortune en intervenant et peut-être en donnant à une fille l'éducation pour aller à l'école. Cependant, ce type d'aide ne va jamais aider aucun pays africain ou tous les pays africains en général à se développer au taux de croissance dont nous avons besoin pour supprimer la pauvreté. Le nombre que les Nations Unies a proposé est une taux de croissance d'environ 7 %. Vous n'allez pas obtenir cela de ces microinterventions.
Je dois reconnaître que si vous lisez le livre, ce que vous ferez j'espère, il n'y a rien de vraiment nouveau dedans. Le livre est en réalité consacré à Peter Bauer, un économiste d'origine hongroise qui, pendant les années 50 et les années 60, a écrit longuement au sujet de ces questions. C'était après la deuxième guerre mondiale, après le Plan Marshall, le moment où tout le monde était dans cette euphorie « oh, on peut faire des interventions d'aide ! »
En fait, quand je regarde en arrière dans la littérature, cela a du sens. Beaucoup de pays africains sortaient de la période coloniale. Ils n'avaient pas vraiment mobilisé des ressources. Ainsi l'argument était que l'épargne mènerait à l'investissement, qui mènerait à la croissance, ce qui semble raisonnable. Mais que se produirait-il s'il n'y avait aucune épargne ? Et bien, nous devrions apporter de l'aide et cela aiderait. Ainsi c'était logique.
Cependant, Peter Bauer, en particulier, était très prolixe au sujet de la façon dont ceci pourrait mener aux externalités très dangereuses et pernicieuses et à la façon dont cela ne fonctionnerait jamais. Il avait absolument raison.
Il a été banni du courant principal. Je viens d'avoir une conversation la semaine dernière avec Bill Easterly, qui a beaucoup écrit sur cette question également. Il m'a avertie. Il a dit : « vous n'auriez pas dû avoir fait ça. » Il a rajouté :« je suis heureux de vous avoir de mon côté, et c'est merveilleux, mais la vérité c'est que vous allez vous retrouver absolument annihilée parce que c'est le statu quo dont nous parlons. »
Ma position est simplement qu'il n'y a vraiment rien de nouveau.
J'ai volontairement écrit le livre de façon à ce qu'il soit facilement accessible au lecteur lambda. Vous n'avez pas besoin d'être économiste pour comprendre ce dont je parle. Je puise dans la littérature qui provient de la Banque Mondiale et des Fonds Monétaires Internationaux ; ainsi, les spécialistes en développement eux-mêmes questionnent l'efficacité de l'aide, et j'ai vraiment pensé qu'il était important d'apporter ce type de discours au public le plus large. C'est ce qui m'a vraiment motivée pour écrire le livre.
Je vais également dire juste quelques mots au sujet de la culture de la célébrité : je lui ai donné quelques étiquettes, certaines d'entre elles pas très flatteuses. Je pense que les gens cherchent toujours à s'accrocher à quelque chose. Je considère réellement la deuxième moitié du livre comme beaucoup plus intéressante, les solutions, mais les gens sont évidemment très concentrés sur la première partie, sur l'échec de l'aide.
Juste très rapidement, trois points en ce qui concerne les célébrités.
Mon titre général est qu'ils constituent une fausse piste pour les problèmes. Franchement, je ne m'inquiète pas vraiment de ce que les célébrités doivent dire. Je suis beaucoup plus concentrée sur le fait de m'assurer que le continent africain peut devenir un partenaire égal sur la scène mondiale. Passer du temps à ergoter sur Bono et Bob Geldof et ainsi de suite je pense juste que cela masque le problème de base ici.
Les trois remarques que je veux faire sont les suivantes :
Primo, ils ont tort de mettre plus d'aide dans le continent. Ils sont complètement dans l'erreur. Je pense juste que c'est la mauvaise approche. Secondo, ils sont un artefact du modèle d'aide, dans le sens que les gouvernements africains sont devenus tellement décontractés au sujet de leurs responsabilités qu'il semble correct que les célébrités deviennent le visage de l'Afrique. Ce ne sont pas des personalités élues. Il y a des officiels élus africains qui sont chargés de la responsabilité de fournir les biens publics, et ces personnes ne font pas leur travail. Ainsi, l'aide permet à ces gouvernements de ne rien faire. Cette notion entière des célébrités me laisse penser qu'elles rentrent à un endroit où elles ont vu un vide, elles ont vu qu'il n'y avait aucun leadership ici, et elles ont infusé la discussion avec leur propre perspective de ce qui est nécessaire sur le continent africain.
Je ne devrais pas être assise ici. Vous devriez avoir des leaders africains assis ici expliquant ce qu'est leur plan à l'avenir. Ils ne sont pas là. Je trouve cela dérangeant. Vous préféreriez de loin avoir Bono ou Bob Geldof ou n'importe qui d'autre qui se soit déplacé pour parler, chez vous, de l'Afrique. Mais, c'est une situation complètement absurde. J'ai parlé du fait que des Américains seraient outragés si vous n'entendiez jamais rien de la part de Tim Geithner ou d'Obama mais vous écoutez un célébrité internationale de la pop parler de la crise financière et de comment l'Amérique va s'en sortir. Mais, nous pensons que c'est acceptable dans le cadre de l'Afrique de permettre à ceci de se produire.
Mais peut-être la chose la plus terrible, je pense, au sujet de toute cette culture de la célébrité c'est que leur message est formulé dans la négativité. S'ils étaient réellement sur la scène mondiale en train de dire « vous savez quoi ? Sur ce continent lil y a une opportunité pour l'investissement, une opportunité de regarder les choses dans une optique très différente ! » je ne serais pas si critique. Le problème est que tout leur message est formulé dans ce que j'appelle dans le livre « les quatre cavaliers de l'apocalypse de l'Afrique ». Ils parlent de la guerre, de la maladie, de la pauvreté et de la corruption, rien de positif.
Mais, je vous rappelle - plus de 62 % de la population a moins de 24 ans - que le monde demande à l'Afrique d'élever de jeunes Africains pour être des partenaires égaux, ou au moinspour contribuer à l'échelle internationale à l'économie globale, en devenant des médecins, des ingénieurs, des artistes, et ainsi de suite. Mais, en même temps, nous les élevons dans un voile négatif, celui selon lequel fondamentalement ils ne peuvent pas faire certaines choses.
Ainsi, maintenant que j'ai dit cela, je vais rentrer très rapidement dans ce que sont les problèmes avec l'aide.
Tandis que je pensais aux problèmes de l'aide, j'étais en train d'écrire un article pour un journal américain. Je pensais que j'étais brillante. Je disais « je vais écrire les dix raisons principales pour lesquelles l'aide ne fonctionne pas » en utilisant le format de David Letterman. Ils ne l'ont pas aimé. Mais j'ai pensé que ce pourrait réellement être une bonne manière de nous aider un peu à focaliser le débat, la discussion, de sorte que vous puissiez sortir d'ici et dire, « OK, elle m'a donné dix raisons et les voici ! » Je ne peux pas rentrer dans le détail sur chacune d'elles, mais peut-être pourrons-nous les aborder dans les questions-réponses ?
D'abord mettons fin à la raison la plus évidente, qui est la corruption ! Elle est évidente parce que nous en avons parlé. Pendant des années, des dizaines d'années, les gens ont parlé du fait que de l'argent de beaucoup d'aide qui va en Afrique finit, en fait, au mieux, dans des financements d'utilisations non-productives.
Donc il y a beaucoup de gouffres financiers. Il y a une belle image du Président Bokassa - je pense qu'il s'appelle lui-même l'Empereur Bokassa - de la République centrafricaine. Il est en train d'être couronné sur un gros oiseau en or - pas en plaqué or.
Quoi qu'il en soit, mon opinion est juste de dire que l'histoire de cette Afrique est salie avec les pires chefs despotiques et corrompus : Mobutu Sese Seko de ce qui est maintenant la République démocratique du Congo, Idi Amin d'Ouganda, Bokassa de la République centrafricaine. Je pourrais continuer indéfiniment.
Si c'était une fiction du passé de l'Afrique, je ne l'aurais pas mentionnée. Il y a un mois, l'ancien président du Malawi a été inculpé de vol de l'argent d'aide. Mon propre ancien président Frederick Chiluba, qui était un chouchou de développement, a été également arrêté et est maintenant empêtré dans une poursuite judiciaire pour avoir volé de l'argent, des centaines de millions de dollars, qu'il a utilisés pour financer de l'habillement et les chaussures, au lieu de l'éducation et des soins de santé, en laissant l'Afrique, et la Zambie en particulier, avec un lourd endettement que je dois payer.
Maintenant, nous avons essayén en tant que société, de réellement réduire ce genre de problème à travers des conditionnalités. Malheureusement, le régime d'aide lui-même est structuré afin que les prêteurs, les pays donateurs aussi bien que les institutions internationales, ne soient pas motivés pour ne pas prêter.
Qu'est-ce que je veux dire par là ? La simple existence d'institutions telles que la Banque Mondiale repose complètement sur eux en prêtant de l'argent à ces pays. Donc ce que cela signifie c'est que leurs menaces ou leurs pénalités sont inefficaces, et très souvent ne sont pas mises en application, c'est pourquoi nous avons un continent rempli de despotes. Comme je l'ai dit, je souhaitais que c'était du passé. Mais çà n'est pas le cas. Mugabe au Zimbabwe, malgrè toute la critique, est au pouvoir depuis 1980. Il y a un ambassadeur américain qui vit là-bas. Il y a un haut commissaire britannique qui vit là-bas. Quelle est la raison de se plaindre de Mugabe alors qu'il était là ici-même en septembre pour les réunions de l'ONU ? Il a reçu 300 millions de dollars des Etats-Unis et du Royaume-Uni en 2006, ce sont des chiffres officiels. Comme quelqu'un me l'a dit l'autre jour, l'impunité de Mugabe de pouvoir se rendre à Rome et ne pas s'inquiéter qu'il soit renversé chez lui souligne vraiment le fait que vous pouvez avoir une immense quantité de confiance. S'il peut récupérer l'argent, il peut payer.
Ainsi la corruption est faite pour les plus grands, et très évidente pour eux. La bureaucratie est le deuxième point. Je plaisantais avec un de mes amis anglais. Il me demandais « quel est vraiment le problème avec l'aide à l'Afrique ? » J'ai rétorqué « eh bien la bureaucratie est l'un d'entre eux ! Les pays ploient sous la bureaucratie. » Il a répondu « mais nous avons cela ici également. » J'ai dit « oui, mais en Afrique cela peut prendre jusqu'à deux ans pour obtenir une autorisation d'exercer. » Très clairement, une nouvelle fois, il convient de souligner le fait que les gouvernements ne s'inquiètent pas si le secteur privé vit ou meurt. S'il est mort, il n'affecte pas le portefeuille du gouvernement. Le gouvernement peut encore survivre sans ce type d'argent.
Cela prend un laps de temps excessif pour obtenir des autorisations, mais également les étapes du processus découragent complètement l'investissement par les investisseurs internationaux, mais également autochtones.
Personne ne veut s'embêter à essayer de faire des affaires là-bas. De la même façon, en termes de bureaucratie, je viens de visiter le Rwanda à l'invitation du Président Kagame. Il était très intéressé par le livre. Je parlerai de lui un peu plus tard.
Je suis allée au Rwanda, au Kenya, et en Tanzanie. Ce sont des pays qui sont juste à côté les uns des autres. J'ai eu besoin de trois visas et j'ai dû changer mon argent trois fois, ce qui est complètement absurde. Nous avons besoin de beaucoup plus d'intégration régionale, mais c'est un autre problème. Les couches de la bureaucratie pour obtenir un visa d'un pays et ainsi de suite, la bureaucratie est installée pour réellement décourager l'investissement dans le secteur privé parce que le gouvernement a besoin de s'alimenter. Inflation. Les pays africains ont eu une inflation à trois chiffres presque tout au long des années 80 et 90. Elle est redescendue. Parfois, c'est inflation de nourriture, comme nous l'avons vu l'année dernière, mais en général, nous, Africains, vivons dans une économie assez dépendante de l'inflation. C'est très, très clairement lié au déversement de milliards de dollars sur le continent. Je pense que le pire problème avec des niveaux d'inflation aussi élevés est que quelques gouvernements essayent de combattre l'inflation par, par exemple, l'émission d'actions. Cela coûte réellement de l'argent. En fait, dans le livre je parle de l'Ouganda, qui a fini par dépenser 110 millions de dollars supplémentaires par année pour combattre l'inflation qui est fondamentalement arrivée en raison de tout cet argent d'aide entrant.
Donc l'inflation est un autre problème.
Le poids de l'endettement dont j'ai parlé. Je suis favorable à cette perspective selon laquelle il pourrait peut-être y avoir une discussion au sujet de la réduction de créance. Dans la période préparatoire au Jubilé 2000, par exemple, je ne faisais pas campagne, mais j'ai pu observer la situation depuis les deux côtés, la question de risque moral, où les gouvernements s'habituent d'être renfloués.
Mais le problème est que je pense que la réduction de créance, seule, peut sembler raisonnable, mais le problème le plus fondamental est :" quel est l'objectif de permettre l'annulation de la dette ou la réduction de créance et puis rajouter juste après une nouvelle dette ? " Cela perpétue juste le cycle.
Ainsi, essentiellement, nous arrivons à une situation où les gouvernements africains, encore aujourd'hui, dépensent environ 20 milliards de dollars dans le paiement des intérêts chaque année. Cet argent est dépensé pour maintenir le système en place. Ainsi, vous payez un peu d'argent à la Banque Mondiale et ils vous le re-prêtent, ou vous payez un peu d'argent en Norvège ou au Royaume-Uni ou aux organisations humanitaires des États-Unis et ensuite vous récupérez l'argent. Mais aucun argent ne va à l'éducation et aux soins de santé, par exemple, ou aux infrastructures. En fait, dans beaucoup de pays, la part d'éducation ou de soins de santé des dépenses publiques représente moins de 2 %, tandis que les dépenses militaires représentent plutôt 40 %, le reste allant en grande partie au paiement de la dette.
Il y a également une notion de "maladie hollandaise". Certains d'entre vous connaissent peut-être cela. C'est plus connu sous le nom de "malédiction du pétrole", le fait qu'il y a ces grands écoulements d'argent qui rentrent dans l'économie.
Pensez à ceci comme des à dollars entrant, disons, au Kenya. Vous leur envoyez ce milliard de dollars. Cela signifie que le shilling kenyan devient moins disponible, ainsi il devient plus rare, signifiant qu'il devient plus fort, ainsi il s'apprécie. Cela tue le secteur des exportations, parce que personne ne veut acheter les marchandises kenyanes si le shilling est aussi cher.
Une nouvelle fois, bien que cela soit un problème qui a émergé auparavant - et qui s'appelle « la maladie néerlandaise » parce que c'était un phénomène qui a été repéré aux Pays-Bas quand ils ont découvert le pétrole - c'est quelque chose qui, en littérature économique et littérature de développement, est très bien connu pour être un artefact du modèle d'aide. Et pourtant nous le contournons.
Personne ne semble s'inquiéter du fait que c'est en train de tuer le secteur des exportations.
Ce n'est pas uniquement le secteur des exportations, parce que les exportateurs dans un pays pauvre, en particulier dans un pays dépendant de marchandises, comme c'est le cas de beaucoup de pays africains, soutiennent fondamentalement l'économie nationale dans son ensemble. Ce sont eux qui vont chez le coiffeur, vont acheter des vêtements ou de la nourriture et vont au restaurant. Ainsi, s'ils ne peuvent pas le faire parce que leurs affaires ont été arrêtées, alors l'économie entière commence à couler, ce que, une nouvelle fois, nous avons vu en Afrique.
J'ai déjà beaucoup parlé du fait qu'avoir de grands flux d'aide est essentiellement gratuit parce que les gouvernements africains ont besoin de ne rien faire. Ils ne doivent pas approvisionner leurs peuples, ils passent leur temps à aller au devant des donateurs pour obtenir plus d'argent. Cela signifie fondamentalement qu'ils ont abdiqué leurs responsabilités.
J'ai déjà parlé du fait que les gouvernements en Afrique devraient être au premier rang de cette discussion, parlant de ce que sont leurs programes pour générer des emplois et pour garder ces économies ensemble. Nous ne les voyons pas ou ne les entendons pas.
En fait, si je faisais un sondage parmi vous - vous constituez un panel assez riche - et je vous demandais de nommer trois présidents africains, je suis sûre que nous aurions tous des difficultés. Et au-delà de çà, si je disais « expliquez le programme économique d'au moins un président africain ! » je pense que nous resterions extrêmemement perplexes.
Une nouvelle fois est-ce raisonnable, est-ce sensé, pour un continent tout entier de fonder son avenir sur des flots d'aide et des stratégies politiques, des stratégies de politique, qui sont définies par une sorte d'O.N.G. ou par l'aide étrangère ? Il me semble que non.
Je veux juste toucher un mot également sur le fait, qu'ici, le problème fondamental est que nous considérons l'aide essentiellement comme un engagement indéfini. Les gouvernements africains ne voient même pas une fin pour pouvoir dire « au fait dans 30 ans nous n'aurons plus d'aide ! Nous devrions donc commencer à planifier les choses. »
Je pense que cette crise est en train de nous démontrer tout cela. Nous sommes dans une situation où beaucoup de gouvernements africains assistent au G20, pas parmi les participants, à l'exception de l'Afrique du sud, mais ils attendent à l'extérieur en disant "Eh, n'oubliez pas l'Afrique pour un plan de sauvetage !".
En fait, personne ne pose la question, « nous sommes juste sortis de la croissance du secteur des marchandises. Qu'est-il arrivé à cet argent ? » Personne ne demande, « que se passe-t-il si l'Amérique ne peut vraiment pas vous sortir de là parce que l'Amérique souffre de sa propre crise économique ? Quel est votre plan d'urgence? » Les gouvernements n'ont pas cette stratégie. Ils dépendent complètement de l'aide.
J'ai parlé un petit peu de l'esprit d'entreprise et de comment fondamentalement les modèles d'aide tuent complètement cela. Comme je l'ai dit, si les gouvernements s'inquiétaient de la nécessité d'augmenter les impôts d'un secteur privé, ils investiraient plus d'argent et plus d'efforts en établissant le secteur privé, ou, certainement, au moins, en créant l'environnement par lequel le secteur privé pourrait s'épanouir. Ils ne font pas.
Je vais donner un exemple, un exemple spécifique de ce que je considère être l'attitude de beaucoup de gouvernements africains. Je déteste sélectionner un pays en particulier, parce que je pense que c'est simplement un exemple de ce qui se passe à travers le continent, mais voici l'exemple de l'Ethiopie.
L'Ethiopie est la deuxième plus grande population de l'Afrique Subsaharienne. Le Nigéria a environ 100 millions d'habitants. L'Ethiopie a environ 90 millions d'habitants. Le taux de pénétration de téléphone portable est de 2 % en Ethiopie, ainsi environ 2 % de la population a un téléphone portable, comparé à la moyenne en Afrique, qui est d'environ 30 % (un Africain sur trois a un téléphone) et comparé au fait qu'il y a maintenant 30 pays qui ont un taux de pénétration de téléphone portable supérieur à 100 % (les gens ont plus d'un téléphone portable). Je ne sais pas ce qu'il en est aux Etats-Unis, mais en Europe la ligne fixe n'est pas vraiment l'utilisation principale des télécommunications. Les gens utilisent les mobiles. Ils ont un téléphone personnel et un téléphone professionnel.
Pourquoi suis-je en train de vous raconter cette histoire ? Car ici nous avons une situation où nous avons beaucoup de preuves désormais que les téléphones portables sont très, très importants et peuvent être très, très influents en termes de fournir du travail et de générer un revenu. Je vais vous donner un exemple précis.
Au Ghana il y a beaucoup de littérature au sujet de la façon dont un agriculteur peut maintenant appeler la ville A et dire, « écoutez, je suis dans la zone rurale. Si j'apporte mon sac de maïs combien allez-vous me donner ? » Il pourrait dire « si je l'apporte à la ville A, je serai payé 20 dollars. Si je l'apporte à la ville B, j'obtiendrai 40. » Par conséquent, l'agriculteur peut améliorer son revenu en le prenant à la ville B.
Mais il y a également autre chose. L'historique des soins de santé peut maintenant être mis dans les téléphones portables. Les gens dans les zones rurales en Afrique peuvent recevoir des textos pour indiquer que « le médecin arrive dans le coin mardi prochain à 16 heures. » Et ainsi de suite.
Mais ici nous avons un gouvernement avec 90 millions de personnes et des taux d'intérêt de 2 %. C'est également l'un des gouvernements qui est au G20 et demande de l'argent de renflouement.
Pourquoi est-ce que je suis suis en train de vous expliquer cela ? Cat pourquoi serait-il si difficile que le gouvernement brade les autorisations, reçoive des redevances uniques élevées, mais également peut-être mette en place un tarif pour qu'il continue à percevoir une redevance des utilisateurs de téléphones portables, mais aussi fournisse une vraie occasion pour que ses citoyens commencent réellement à faire des affaires, commencent à pouvoir commercer, et produisent des revenus pour voler de leurs propres ailes ? C'est un exemple classique du type d'attitude qui, je pensen infiltre le continent africain.
Peut-être cela n'est-il pas une surprise que 97 % du budget en Ethiopie soit basé sur l'aide. Cela montre un manque d'innovation. Il y a un manque d'effort pour essayer de sevrer le pays de l'aide.
Très rapidement, les deux derniers sur ma liste de dix : guerres civiles et conflits civils en Afrique. Pendant les cinq derniers mois nous avons eu quatre coups d'Etat : la Guinée, la Guinée-Bissau, la Mauritanie, et, il y a deux semaines, Madagascar. Nous avons un certain nombre d'États défaillants, la Somalie étant l'exemple classique. Pendant les années 90 l'Afrique a eu plus de guerres civiles que tout le reste du monde. Ce cadre d'instabilité politique est omniprésent.
Il y a beaucoup de littérature dans le discours de développement au sujet de la façon dont, dans une situation où il n'y a aucun secteur privé ou un faible secteur privé, le gouvernement devient fondamentalement la seule chose qui a de l'argent. Ainsi on arrive à ces cycles où il y a des factions essayant constamment de capturer l'Etat parce que c'est là où il y a de l'argent. Je pense qu'il est désormais assez évident que lorsque vous observez le continent ce modèle semble se présenter à peu près partout.
Dans le livre je parle également d'un travail très intéressant qui a été effectué par quelques universitaires. L'un d'entre eux est Przeworski et et ses confrères : il a calculé la probabilité pour un pays de conserver en place une démocratie solide. Il dit fondamentalement que la probabilité est directement corrélée avec le revenu par habitant. Ainsi si vous avez des bas revenus par habitant, votre démocratie ne peut pas se maintenir. Je pense que pour lui le repère est de 6 000 dollars par an ; c'est seulement avec plus de 6 000 dollars par an que vous pouvez avoir réellement une démocratie stable et solide.
Juste au moment où j'écrivais le livre, la Thaïlande a connu un coup d'état. J'ai pensé que c'était incroyablement intéressant que, même dans le cas de la Thaïlande, qui a moins que 6 000 dollars - les gens vivaient bien mais toujours avec moins que 6 000 dollars - il avait raison. Il donne réellement une période de temps. Il dit que vous pouvez maintenir une démocratie pendant dix années si vous avez moins que, disons, 6 000 dollars. Mais c'est un travail très intéressant. J'en parle dans le livre.
Mais il a raison. Je pense qu'il n'est pas étonnant qu'en Afrique l'environnement démocratique soit si fragile. La situation du Kenya l'année dernière en est une illustration. Je crois que, si nous continuons avec ce modèle d'aide, le nombre d'Africains vivant avec moins d'un dollar par jour dans l' avenir proche augmentera probablement de plus de 70 à 90 %, et nous verrons beaucoup plus d'États défaillants, beaucoup plus de gouvernements corrompus, de guerres civiles, et ainsi de suite.
S'il y a un problème avec le modèle d'aide dont je voudrais que vous soyez conscients en sortant d'ici, le problème fondamental de ces grands flux d'aide qui vont à l'Afrique, c'est le fait qu'il prive les Africains des droits civiques. Les Africains n'ont aucune voix. Les Africains ne peuvent pas juger leurs gouvernements responsables.
Aux Etats-Unis, si vous n'êtes pas satisfait de la manière dont l'administration traite un problème ou une question, qu'il s'agisse des soins de santé, d'éducation, de sécurité, ou d'infrastructures, vous votez pour la remplacer. En Afrique cela ne veut rien dire.
Il y a beaucoup de pays en Afrique - et je parle de ceci dans le livre - où les présidents sont au pouvoir depuis plus de 30 ou 40 ans.
Ils sont soutenus par le modèle d'aide. Ils ne vont nulle part. Ils ne fournissent rien. La société empire.
Pour citer mon ancien directeur de thèse Paul Collier, l'Afrique est en train de se détacher du reste du monde, ainsi le reste du monde va dans une direction et l'Afrique va dans une direction complètement différente.
La raison est simplement que beaucoup de gouvernements africains s'en fichent. Ils se fichent réélement de ce que leurs citoyens pensent.
Je reviens sur le sujet de "pas d'imposition sans représentation". Tant que les gouvernements continueront de dépendre désespérément de, que leur existence dépend de, l'imposition, nous continueront de voir ce cycle où ils s'en fichent, et ils n'ont qu'à faire appel à des donateurs pour obtenir plus d'aide.
Permettez-moi d'aborder très rapidement certaines des solutions que je recommande. Comme je l'ai dit, je pense que le fait que vous habitiez aux Etats-Unis signifie probablement que vous êtes très familiarisé avec cela, et il pourrait sembler réellement bizarre que ceci semble être une si grande notion controversée alors que c'est réellement si évident et une telle pièce de l'épine dorsale des Etats-Unis.
Je dirai, toutefois, qu'avec le libre marché ou le système capitaliste en proie aux attaques, je rappelle à chacun que - et je voudrais paraphraser le Président Obama dans son discours inaugural - en dépit de tous les problèmes, les interrogations et les soucis concernant le modèle capitaliste, il s'agit encore du meilleur modèle pour fournir de la richesse, et nous ne devrions pas oublier cela. C'est sans précédent.
Maintenant, cela ne signifie pas que nous ne devrions pas le réguler davantage, ou peut-être réfléchir davantage à la manière dont il est mis en application. Mais ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain ! Je pense qu'il y a beaucoup de bonnes choses qui se produisent. Et n'oublions pas également que cela fait 300 ans que vous avez un système qui fonctionne !
Et pourtant, là où l'aide africaine est concernée, nous avons 60 ans de dégradation des performances et personne ne remet cela en cause. Personne ne dit vraiment « çà ne fonctionne pas. » Regardez comment le marché libéralisé est critiqué après 18 mois d'un problème. Nous avons complètement oublié que nous avons vécu 300 ans d'un bon système. Alors que, pour une chose comme le modèle d'aide, personne ne semble s'inquiéter.
Abordons maintenant très rapidement quelques points importants.
Le commerce. Dans le livre je recommande que l'Afrique ne devrait pas dépenser plus d'argent en essayant les rondes de négociation de Doha et de l'Uruguay, les négociations de l'OMC, en essayant de négocier l'accès aux marchés occidentaux, à l'Europe et aux Etats-Unis, où, comme nous le savons, il y a des programmes de subvention qui se chiffrent en milliards de dollars. Je crois au libre-échange, mais je suis également très pragmatique. Il est très peu probable - en fait, il est pratiquement impossible - que ces marchés soient ouverts pour les biens et les services africains.
Le président américain et son administration est en premier lieu responsable vis-à-vis des personnes américaines. Il n'y a aucune raison, quoi qu'on en pense, que les gouvernements occidentaux déclarent, « eh bien, en réalité je suis vraiment désolé pour cet agriculteur zambien qui doit gagner sa vie, ainsi, aux dépens de quelqu'un en Iowa qui cultive le maïs, M. Iowa, vous perdrez votre travail, mais je donnerai l'argent pour ouvrir le marché à un Zambien. » Cela ne va pas se produire. Ainsi je dis aux gouvernements africains : Soyez réalistes ! Cà n'arrivera pas.
La bonne nouvelle c'est qu'il y a des pays sur cette terre qui ont désespérément besoin de biens et de services africains. La Chine est évidement l'un d'eux - 1,3 milliard de personnes, 7 % de terres arables - qui a désespérément besoin de nourrir sa population. Je propose que les gouvernements africains y passent du temps pour sceller des alliances sur la nourriture. Je reviendrai sur le cas de la Chine, parce que je ne suis pas en train de dire que la Chine devrait avoir carte blanche pour entrer en Afrique et pour faire ce qu'elle veut. Je pense qu'il y a beaucoup de problèmes là-bas. Mais je pense fondamentalement que ce que les Chinois sont en train de faire en Afrique est la bonne chose.
Investissement étranger direct. J'en ai déjà un peu parlé. C'est tellement évident, dans un sens, que les investisseurs veuillent mettre de l'argent dans un lieu qui est transparent et redevable et où il y a un cadre juridique qui fonctionne réellement et qui a de l'infuence. Cependant, pour certaines raisons, cela semble avoir dévié la culture d'aide dans son ensemble.
Certaines des choses que les gouvernements africains pourraient faire ne sont pas des choses stratégiques à long terme. Ce sont des choses très faciles. Ils pourraient carrément dire demain « cela tient maintenant dans deux formulaires que vous devez compléter et cela prendra une semaine pour obtenir votre autorisation. » Cela pourrait vraiment changer l'attitude des personnes envers l'investissement dans ces zones.
Je viens d'un pays de 10 millions de personnes, ce qui est rien. Mais je viens d'une région, l'Afrique australe, qui compte 200 millions d'habitants. C'est une perspective très différente que les investisseurs devraient adopter.
Il faut une intégration beaucoup plus régionale. J'en ai beaucoup parlé. J'ai cité précédemment cette idée d'aller dans trois pays en Afrique de l'Est et de devoir obtenir plusieurs visas et changer plusieurs devises. En tant qu'Africaine cela ne m'incite pas à investir en Afrique de l'Est. Ils doivent faire cela, une nouvelle fois, pas simplement en parler, mais vraiment le faire.
Les marchés financiers. Je crois toujours fortement que le marché obliataire offre un système transparent qui peut juger l'émetteur responsable. Oui, nous sommes en train de vivre des moments très complexes. Mon conseil aux gouvernements africains est double :
Cesser de regarder les marchés traditionnels pour émettre des obligations, tels que les Etats-Unis et l'Europe ; commencer à regarder le Moyen-Orient, la Chine, qui reposent sur le capital, et peuvent sans aucun doute mieux évaluer le risque africain que les marchés occidentaux, parce que l'attitude des occidentaux en Afrique a tendance à avoir été de la pitié, dans l'ensemble, et c'est ce que représente le modèle d'aide selon moi. En fait, l'attitude des Chinois et des gens du Moyen-Orient est plutôt une approche d'investissement et de business.
Je pense que oui, il faut réguler. Si nous avions vraiment des gouvernements africains redevables, alors peut-être prendraient-ils la peine de s'assurer que les Chinois ne viennent pas en Afrique en masse, tirent profit et s'en vont.
On espérerait que, dans le modèle que je prescris, les gouvernements africains commenceraient réellement à s'inquiéter de l'investissement et à apporter plus d'investisseurs à partir de ces endroits.
Ces trois élément sont les genre de choses "macro" que les gouvernements devraient faire, des choses comme le commerce du marché obligataire et l'investissement direct étranger. Mais qu'en est-il de vous et moi en tant que particuliers ? Y a-t-il des choses que nous pourrions faire et qui pourraient clairement changer la vie des personnes ?
Dans le livre je parle beaucoup de la microfinance. Il y a quelques semaines, j'ai eu le privilège de participer à un groupe d'études avec Muhammad Yunus, que peut-être certains d'entre vous connaissent, qui est le fondateur de Grameen Bank, lauréat du Prix Nobel 2005. Je suis presque tombée de mon siège quand il m'a dit que pendant les neuf derniers mois il a levé plus d'1 milliard de dollars du Bangladesh rural pour investir dans cette zone. Je vais répéter cela parce que je suis encore sous le choc. Un-milliard-de-dollars-des-Bengalis-des-campagnes-pour-investir-dans-leur-pays.
Il ne s'agit pas du Bangladesh urbain ; c'est le Bangladesh rural. Un milliard de dollars sur ce marché.
Ce n'est pas de l'argent d'aide. Il a une politique de ne pas prendre d'aide.
Comme beaucoup d'entre vous le savent, ses taux de défaillance sont très bas. En fait, le modérateur de notre réunion a dit « ainsi vous êtes en train de me dire que les gouvernements africains ont un plus mauvais taux de défaillance que ces Bengalis dans les zones rurales ? » Nous avons répondu « oui. C'est tout à fait çà. »
Mais ici nous avons un programme qui devrait être sorti de la Banque Mondiale, je pense, s'ils sont vraiment intéressés par le développement. Pourquoi regardons-nous un homme au Bangladesh rural qui a proposé ce brillant programme ? Pourquoi la Banque Mondiale ne ferait-elle pas quelque chose de similaire ? Je vais juste m'arrêter là.
Je vais vous laisser avec une citation. Un ami africain m'a dit « Dambisa, pourquoi te tracasses-tu ? Pourquoi avoir pris la peine d'écrire ce livre ? »
Avant que je ne puisse répondre, il a ajouté « l'Afrique est au développement ce que Mars est à la NASA. Dépenser des milliards de dollars pour faire de la recherche, mener des études, faire des visites de sites et rédiger des rapports, mais personne ne croit vraiment qu'il vivra un jour sur Mars et personne ne croit vraiment que l'Afrique se développera jamais. »
Je vous laisse avec cette remarque et je passe à vos questions.
QUESTIONS - REPONSES
QUESTION : Vous avez raison lorsque vous dites que les investisseurs étrangers ne vont pas investir dans un pays où il n'y a pas un État de droit ou un Etat transparent, et que l'existence des dictatures en Afrique et la corruption et ainsi de suite sont un problème réel. Mais pourquoi pensez-vous que, si nous cessions la fourniture de l'aide, les gouvernements seraient moins autoritaires, que les gouvernements seraient moins disposés à dépenser l'argent dans l'armée plutôt que dans les besoins sociaux, et qu'il y aurait une plus grande transparence et un engagement plus important de l'État de droit ?
DAMBISA MOYO : Dans les grandes lignes, c'est parce que c'est ce que les preuves ont montré. En fait, si les gouvernements africains empruntaient l'argent aux marchés internationaux des capitaux et demandaient aux investisseurs qu'ils allaient l'investir dans des activités productives pour accroître l'économie et puis pour rembourser les intérêts et la somme de base et puis dépensaient l'argent en voyageant dans des jets privés ou des choses dans le genre et n'utilisaient pas l'argent de façon productive, le marché se refermerait sur eux.
Ainsi, dans la même idée, ils n'auraient alors aucun argent pour conserver leur armée. Les Africains pourraient réellement voter pour les chasser, par opposition à ce qui se passe actuellement - il n'y aurait aucune urne débordant de bulletins - et les Africains n'auraient plus peur de leurs gouvernements et de que pourrait être leur recours.
Essentiellement ce que je veux dire c'est que nous avons besoin de créer un système où les gouvernements pensent qu'ils doivent aller réellement au devant des Africains, par opposition à aller au devant de quelqu'un de l'extérieur. Je ne dis pas que le marché obligataire est absolument parfait ; naturellement ils ont également quelques défis. Mais, dans l'ensemble, avec un système plus transparent, les gouvernements devraient livrer des promesses, par opposition à maintenant où ils peuvent voler l'argent et ne rien faire. Vous êtes chanceux s'ils ne font rien. Le problème est que beaucoup de gouvernements africains entravent désormais le secteur privé et les choses qui amélioreraient réellement l'économie nationale.
QUESTION : Le gouvernement le plus développé en Afrique est celui de l'Afrique du Sud. Vous avez son président en place depuis des années et affirmant que le SIDA a été provoqué par rien d'autre que les plantes vertes ou quelque chose dans le genre. Mais, malgré toute l'aide, il me semble que l'Afrique doit commencer à produire ses propres diriigeants, créer des hommes d'affaires et des politiciens qui ne soient pas corrompus. Je ne sais pas comment vous faites, mais je pense que l'Afrique doit le faire pour elle-même, ne pas attendre d'aide de quelqu'un d'autre. Il n'y a vraiment aucune autre manière pour apporter de l'aide dans ce cas particulier.
DAMBISA MOYO : Oui, absolument. Je pense que le leadership est la chose critique, c'est pourquoi j'ai laissé le dernier point en tant qu'Africains privés des droits civiques. Nous voulons tous un meilleur dirigeant en Afrique. Mais vous n'allez pas obtenir un bon leadership, parce que les personnes qui sont vraiment fortement qualifiées, les Africains brillants, qui réaliseraient un travail fantastique en transformant l'économie, ne veulent pas travailler dans une zone qui ploie sous la bureaucratie et la corruption.
QUESTION : Les choses peuvent-elles changer ?
DAMBISA MOYO : Ce n'est pas possible, parce que les gouvernements qui sont en place - pas tous, mais plusieurs des gouvernements qui sont au pouvoir - continuent en effet à obtenir de l'argent d'aide, et ainsi peuvent rester en place.
Je pense qu'il est vraiment important de comprendre que c'est pratiquement impossible à l'heure actuelle de séparer la culture d'aide du régime politique en Afrique. Ce sont les deux faces de la même pièce de monnaie. Tant que nous ne nous débarasserons pas de la culture d'aide et du régime d'aide, nous n'aurons pas un bon leadership. Nous aurons toujours quelques foyers de bon dirigeants qui parviendront quoi qu'il en soit à émerger.
Je vais parler du cas du Rwanda. Si vous n'êtes jamais allé au Rwanda, c'est un pays étonnant. Je me sens coupable parce que je suis une zambienne. Je dois dire que si je n'étais pas zambienne je souhaiterais être rwandaise. C'est un pays étonnant. Ce que fait son président est inimaginable. Ils ont des infrastructures incroyables. Il est incroyablement focalisé sur le fait de sortir le Rwanda de l'aide.
Cependant, je dois dire que j'ai quitté le pays assez attristée, parce que je me suis rendue compte qu'aussi enthousiaste que l'était e Président Kagame, il n'était qu'une seule personne. En ce moment il reçoit beaucoup de critiques des donateurs qui disent « vous avez besoin de recevoir davange d'argent d'aide. » Il est vraiment inflexible. Si jamais vous avez une occasion de le voir en l'action ne manquez pas cette occasion ! C'est vraiment quelqu'un de différent.
Mais le risque c'est qu'il n'est juste qu'une personne et qu'un jour il ne sera plus président. C'est tellement clair pour moi qu'il est très facile - c'est presque une récidive de politique, dans le sens que c'est tellement plus facile de dire « je ne vais pas m'embêter à aller parler à 1000 investisseurs, dont peut-être 300 vont me prêter de l'argent. Je préfère m'asseoir ici et appeler la Banque Mondiale et dire, 'écoutez. ' »
Et pensez à ceci : il s'agit du Rwanda quinze ans après le génocide. S'il y a un pays en Afrique qui pourrait tous nous faire culpabiliser, c'est le Rwanda. Ils pourraient prendre le téléphone et dire, « vous nous avez oubliés pendant le génocide. Vous nous donnez plus d'argent ! » La plupart d'entre nous serait heureux de faire un chèque, juste pour réduire sa culpabilité.
Mais voici un president - 70 % de son budget est dans l'aide - et il dit partout « je suis désolé, nous devons prendre l'itinéraire le plus ardu, qui est de sortir de l'aide. » Nous devons poser la question : pourquoi dirait-il cela ? Mon livre a un certain nombre de citations. C'est une chose très publique. Il est complètement contre çà.
Il regarde les arguments économiques, mais ses arguments sont plus philosophiques. Il dit « vous ne pouvez pas vous attendre à ce que j'encourage des Rwandais à être entreprenants et innovateurs dans une région où ils sont réellement sous une chape de plomb de culture d'aide, où ils n'ont aucune incitation à quoi que ce soit, parce que quelqu'un garantit leurs affaires. »
Alors oui, le leadership est quelque chose de critique. Mais je pense que c'est un artefact d'un système économique où nous avons une classe moyenne qui votera contre de mauvais dirigeants. Je veux dire que Thabo Mbeki avec ce type de remarque aurait perdu. C'est complètement absurde. Cependant, vous n'allez pas obtenir ce type de système si Thabo Mbeki s'assied sur une pile d'aide entrante et n'a besoin d'aller nulle part. Il peut s'asseoir là pendant des années. Évidemment ce n'est pas le cas en Afrique du Sud.
QUESTION : Tout d'abord, je salue votre courage. Je peux imaginer le genre d'attaques que vous continuerez à subir pour avoir le courage de dire ce que vous dites. Il y a beaucoup de choses à dire sur ce sujet. Mais je pense qu'il y a des nuances importantes qui, peut-être, dans une présentation très brève comme celle-ci, n'ont pas été traitées.
Tout d'abord, sur le Rwanda, je suis d'accord avec vous que les choses remarquables se sont produites là-bas. C'est le premier pays que je connais en Afrique où les réunions du Cabinet se tiennent désormais en ligne. Toutes les notes de Cabinet sont soumises, traitées électroniquement. C'est extraordinaire. Plus de la moitié des parlementaires sont des femmes. Le président de l'Assemblée nationale est une femme. Ils ont fait des avancées remarquables depuis le génocide. C'est très vrai.
Mais vous avez formulé quelques commentaires au sujet de la guerre civile en Afrique. Beaucoup de choses ont changé au cours des 10-15 dernières années. Il y a bien moins de guerres civiles. Le Sierra Leone, le Libéria, le Burundi, la RDC (excepté l'est), l'Angola, tellement de guerres se sont terminées. Donc reconnaissons le progrès en termes de fin de guerre et de mouvement vers une certaine forme de démocratie !
Reconnaissons le fait que l'Union Africaine, dans l'Acte Constitutif de l'Union Africaine, parle désormais de politique de non-indifférence qui était auparavant de non-intervention ! L'Union africaine n'accepte plus les pays africains où les changements sont anti-constitutionnels. C'est pourquoi Madagascar a été suspendu, la Guinée a été suspendue, la Mauritanie a été suspendue. C'est un progrès. Cela envoie un signal très important qu'il y a un engagement pour la constitutionnalité. Il y a encore beaucoup à faire, mais c'est un pas en avant important.
Maintenant, très rapidement du côté économique, je pense qu'il est important de reconnaître que beaucoup de pays en Afrique font des avancées pour faciliter l'obtention d'autorisations en moins de deux ans. Il y a eu des progrès plus significatifs dans quelques pays. Je pense que c'est important.
Et puis, également l'intégration régionale, reconnaissez s'il vous plâit la CDAA et la CEDEAO ! Des mesures importantes ont été prises pour améliorer l'intégration régionale.
Donc maintenant que vous avez permis de susciter ce débat, comment voyez-vous la discussion ? Très légitime que vous avez aidée à provoquer, dévoilant vos plans pour essayer d'obtenir une discussion encore plus forte ?
DAMBISA MOYO : Je suis désolée si j'ai donné aux gens ce scénario de jour du Jugement dernier pour l'Afrique. Laissez-moi juste dire quelques choses positives. Merci d'avoir souligné cela.
L'Afrique a maintenant 15 marchés boursiers, plus de 500 actions qui commercent sur des bourses. 85 % d'entre elles sont des non-marchandises, donc réellement nous sonmes beaucoup plus diversifiés. Nous voyons des opérations bancaires et les télécommunications et ainsi de suite.
Il y a du progrès. Seize pays ont des notations de crédit.
Oui, il y a eu quelques élections démocratiques indéniables qui se sont produites.
Mais tout ce progrès est opéré en dépit de l'aide, pas grâce à elle, et nous sommes ici pour débattre de l'aide. Donc oui, il faut beaucoup plus de mouvements dans la bonne direction. Je continue d'affirmer que des choses telles que la CDAA, le COMESA[1], la CEDEAO, et ainsi de suite - ce sont les grands organismes régionaux africains - font trop peu de choses.
Vous avez donné l'exemple de la CDAA. Mon pays est membre de la CDAA, qui est la Communauté de développement de l'Afrique australe. Nous avons toujours des monnaies multiples.
Nous avons toujours la situation du Zimbabwe en plein milieu. Nous avons toujours une situation où vous avez besoin de visas multiples pour voyager dans la région. Ainsi ce qu'elles font ne m'est pas clair. Je pense qu'il y a certaines choses extrêmement fondamentales qui peuvent être faites tout-à-fait sensiblement si le gouvernement prenait ces choses beaucoup plus au sérieux. L'Afrique de l'Est est dans une sorte de situation semblable.
Les bonnes nouvelles en ce qui concerne la discussion sont que je suis très, très heureuse d'avoir été invitée, pas simplement par des établissements libertaires ou de gauche pour parler de ces sujets, mais également par les fournisseurs du système d'aide eux-mêmes. Donc demain j'irai à Washington rencontrer des officiels du FMI et de la Banque Mondiale. Franchement, je me fais violence pour trouver ce que je vais leur dire, parce qu'elles connaissent toute cela. La seule chose que je peux penser à leur dire est qu'elles doivent faire beaucoup plus, être beaucoup plus volontaires avec ce qu'elles font. Donc çà va être vraiment un grand moment.
Quelqu'un m'a transmis une lettre de One, l'organisation de Bono, qui me traite essentiellement de maniaque génocidaire qui essaye de tuer les bébés africains parce que je veux supprimer des programmes de lutte contre la malaria et le VIH. Ce n'est pas ce dont je parle ici. Je parle du changement fondamental qui permette vraiment la refonte du système et qui donne à l'Afrique une vraie opportunité.
Je veux que vous partiez d'ici avec un message positif. Je vous ai donné un premier aperçu. Je suis en train de publier un article dans le magazine Foreign Policy où la dernière phrase parle de l'aide. Tout ce que j'aborde ce sont des choses positives qui se produisent en Afrique.
Mais nous sommes ici pour discuter de la trajectoire à adopter. Elle ne va pas coller avec encore 50 milliards de dollars d'aide pour l'Afrique. Voilà ce que je voulais dire à ce sujet.
QUESTION : Je sais que le président du Rwanda vous a invitée à discuter avec lui. Je me demandais juste si le gouvernement zambien a réalisé des ouvertures à ce sujet, en vous invitant à les aider à voir comment sortir de l'aide.
DAMBISA MOYO : Le gouvernement zambien m'a bien invitée. J'ai reçu l'invitation hier. Donc je me rends en Zambie, je rentre à la maison, ce qui est fantastique, ce jeudi.
C'est comme la critique de mon livre par The Economist, un peu tard, parce que je pensais que le gouvernement zambien serait le premier à m'appeler, et cela n'a pas été le cas. J'étais légèrement déçue je dois dire. Mais ils y sont arrivés. Ils payent mon vol, ce qui est fantastique. Ils ont promis de vendre beaucoup d'exemplaires du livre en Zambie. Je suis très enthousiaste. Je rentre à la maison jeudi. Je passerai également deux jours avec le président et son équipe d'économistes pour parler des manières spécifiques de penser de façon plus énergique à ces questions.
QUESTION : Bill et Melinda Gates ainsi qu'Oprah Winfrey suivent-ils le modèle capitaliste d'investissement direct ou le modèle d'aide ou une combinaison quelconque s'y rapportant ?
DAMBISA MOYO : Je ne connais pas les détails de leur approche en Afrique. J'ai essentiellement lu ce que je vois. Peut-être avez-vous de meilleures informations ?
L'Oprah Winfrey Foundation, je pense - je peux me tropmper - est beaucoup plus efficace et intéressante et utile pour faire du travail de terrain, en Afrique, pour encourager les Africains. Je pense que toute cette notion de faire partir des Africains du continent est quelque chose dont nous devrions discuter plus vigoureusement.
Bill et Melinda Gates, je pense une nouvelle fois des interventions louables. Je veux dire que des choses comme la variole ont été supprimées par des interventions d'aide. Mais je retourne à mon sujet abordé plus tôt, selon lequel nous ne pouvons pas établir un système sur Bill et Melinda Gates. Que se passe-t-il s'ils changent d'avis ? Que se passe-t-il s'ils ne sont plus intéressés par la fourniture de soins de santé ? Que font les gouvernements africains tandis que Bill et Melinda Gates essayent de sauver le secteur zambien des soins de santé, ou dans n'importe quel pays où ils se trouvent ?
Il s'agit donc de réforme fondamentale. Quelqu'un m'a raillé, et je pense que c'est très intéressant, « si nous continuons sur ce chemin, nous devrions commencer à dire aux Africains de ne pas prendre la peine d'aller voter pour leur président. Ils devraient en fait commencer à voter soit pour Bill et Melinda Gates soit pour un autre fournisseur de soins de santé et voir lequel des deux fournit de meilleurs soins de santé. » Cela semble absurde, mais c'est réellement l'aboutissement logique du chemin que nous empruntons en ce moment.
Je pense qu'ils ont beaucoup de possibilités pour réaliser des choses étonnantes. Mais s'ils continuent leurs interventions plus charitables, il ne me semble pas évident qu'ils permettent à ces économies de se développer à 7, 8, 10 % par an, ou pour permettre à l'Afrique de se débrouiller seule.
QUESTION : Je connais bien l'Afrique de l'ouest, particulièrement le Sierra Leone et le Libéria, qui ont connu des guerres durant plus de dix ans, où les économies et les pays ont été vraiment détruits. L'aide est-elle appropriée pour aider ces pays après un conflit dans une situation comme celle-ci à revenir dans une sorte de statut normal ?
DAMBISA MOYO : Si Paul Collier était ici, il dirait « absolument, vous avez besoin de plus d'aide. » Mon approche est que je pense que les interventions militaires devraient être comme l'aide de renflouement.
Ainsi, si je peux employer rapidement une analogie, en ce moment-même la quasi totalité de l'Europe de l'Est subit des crises : balance des paiements, monnaie, crises monétaires, au vu de ces pénuries de crédit. Pensons-nous qu'il est raisonnable de leur accorder des prêts pour solutionner un problème jusqu'à ce que les choses aillent mieux ? Oui, je peux le comprendre. Cependant, il n'y a pas d'illusion - personne n'es trompé - qu'il s'agit d'une intervention provisoire pour essayer de retrouver un équilibre.
Je pense que le problème avec le modèle d'aide dont je parle est qu'il tend à être un revenu permanent et il devient un engagement illimité, personne ne prend la peine d'aller rechercher d'autres formes de capital, et vous rentrez dans ce cycle.
Je pense qu'avec l'aide militaire il y a peut-être de la place pour des interventions. Mais ce que je n'aime vraiment pas voir c'est le fait que ces économies deviennent fondamentalement complètement dépendantes.
Prenons la RDC par exemple. Elle a, si j'ai bien compris, la plus grande population du personnel de sécurité de l'ONU présente dans le monde, environ 17 000 militaires sur le terrain. Aux dires de beaucoup - je suis allée à Lubumbashi - l'armée congolaise est hors de contrôle, le gouvernement a perdu le contrôle de l'armée. Ainsi la situation fonctionne-t-elle en ayant 17 000 personnes sur le terrain ? Les gens disent « En fait,non. Cela fonctionnera si nous mettons 100 000 fonctionnaires de l'ONU sur le terrain ». Donc il y a peut-être des choses plus fondamentales dont nous devrions traiter qu'uniquement ces interventions militaires.
Je ne connais pas assez le sujet. Clairement, un pays comme la Somalie peut tirer bénéfice d'une intervention volontaire, d'interventions militaires. Mais encore une fois, parlons-nous de façon provisoire ou raisonnons-nous sur le long terme ?
Je trouve beaucoup plus intéressant de m'assurer que mes enfants et mes petits-enfants pourront avoir une vie vibrante et intéressante où ils seront des contributeurs productifs à l'économie globale plutôt que des entraves. Pour moi, n'importe quel type d'aide ne fait pas de cela une réalité.
JOANNE MYERS : Je vous remercie beaucoup d'avoir partagé avec nous vos connaissances.
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